Discours prononcé le 27 septembre 2019 en ouverture de la réunion publique consacrée à la Solidarité.

 

" Le devoir de fraternité "

2019 - capbreton- septembre - 28 - nouve

Des trois vertus inscrites dans la devise de notre République, l'usage veut que la fraternité soit citée en dernier, mais elle n'est certes pas la moins importante et les Français lui sont particulièrement attachés. Ils l'ont en effet toujours pratiquée, notamment dans les moments difficiles, et encore aujourd’hui.

Ce devoir de fraternité est au cœur de nos travaux et de nos réflexions : c'est aussi ce qui nous détermine à nous présenter aux prochaines élections municipales.

Le bilan d'un maire ne se calcule pas aux mètres cubes de béton coulé pendant un an, mais bien plus aux personnes fragiles aidées pendant 6 ans.

Sans Fraternité, pas de contrat social, pas de vie en société apaisée.

C’est vrai, la « solidarité », c’est le principe cardinal de notre protection sociale.

Nos systèmes de sécurité sociale, nos systèmes de transferts sociaux, nos mécanismes de redistribution fiscale ont été bâtis sur le principe de la solidarité.

Sur elle reposent en grande partie les droits sociaux inscrits dans le préambule de notre Constitution.

Mais au-delà du juridisme, si la solidarité ne peut être « la seule affaire des concitoyens », elle n'est pas non plus "la seule affaire du droit" et de l'État, car en réalité elle est « l'affaire de tous ». Elle est fondée sur une relation de personne à personne.

 

C'est une fraternité à taille humaine, une fraternité qui s'incarne. Un humanisme qui prend le visage d'hommes et de femmes allant aux devants des difficultés et des peines d'autres hommes et d'autres femmes. Un altruisme qui vient du sentiment autant que de la générosité.

Mais c'est aussi l'enrichissement du don, la joie d’aller vers les autres et le plaisir d'être ensemble. Elle invite à réagir.

Naturellement, elle n'incite pas à revenir aussi à la société d'autrefois. Elle s'inscrit bien dans la modernité.

 

Certes, la France rurale de nos aïeux suivait des rythmes plus équilibrés et respectait une vie communautaire où chacun pouvait espérer trouver sa place, même modeste.

Mais, elle pouvait aussi se montrer rude à l'égard des plus démunis, dure aux plus faibles, sans indulgence pour les plus vulnérables.

Pour les orphelins, les personnes âgées, les handicapés, pour les pauvres et les malades, que de chemin accompli depuis que le mot "fraternité" s'est inscrit au fronton de nos hôtels de ville et de nos ministères !

En fin de compte, nous avons progressé, mais pas assez.

 

Mais il est vrai aussi que le chômage et l'exclusion, conduisant à l'effacement des repères traditionnels, à la perte des valeurs et à la régression du lien social, ont affaibli le contrat social.

Tendre la main sans rien demander en retour

 

Durant ma vie professionnelle, j'ai rencontré des vies bouleversées en un instant, des destins qui basculent pour de multiples raisons. J'en ai tiré un enseignement : celui que chacun d'entre nous peut être un jour touché et que dans ces instants rien ne remplacera une main qui se tend, surtout lorsque je me suis occupé des enfants maltraités, abandonnés, martyrisés, en danger . Face à ces situations, il convient de "gérer" le dilemme que Paul Ricoeur qualifie d’implication- distanciation

 

S’impliquer pour être au plus près de la situation et de la personne qui souffre, mais mettre aussi de la distance pour ne pas être absorbé, voire débordé par la situation dramatique.

Il convient de donner la parole en priorité à celles et ceux qui au quotidien agissent pour aider les autres. Celles et ceux qui se dévouent ; celles et ceux qui tendent la main sans rien demander en retour.(....)

 

Serge Mackowiak rend alors hommage aux associations qui œuvrent dans le domaine de la solidarité à Capbreton

 

(....) Le bénévolat d'aujourd'hui, ce n'est pas de l'amateurisme, c'est un engagement de citoyen au service d’autres citoyens. Il exige de plus en plus un véritable travail, de l'expérience, une compétence, de la régularité. Et ce n'est pas un hasard si le secteur associatif, très souvent en lien avec les collectivités locales et leurs services sociaux, est à l'origine d'une part importante des initiatives qui ont réussi dans la lutte contre l'exclusion.

Qu'il s'agisse de l'aide à l'enfance, du soutien aux personnes handicapées ou de l'assistance apportée aux personnes âgées dépendantes, les associations sont aujourd'hui, aux côtés des élus, au premier rang du combat social.

A mes yeux, il s'agit peut-être de permettre à tous ces intervenants  sociaux et médico-sociaux de travailler dans un cadre pluriannuel qui assure leur stabilité et leur sécurité financière.

L'accélération des changements du monde, des techniques, de la science, l'essor de la société font progresser le niveau de vie et renforcent les échanges entre les hommes.

Mais ils peuvent aussi aggraver les problèmes des personnes les plus fragiles et les moins qualifiées. La nouvelle révolution de l’écrit et l'Internet alourdissent les handicaps liés à l'illettrisme, mais aussi à la méconnaissance des langues étrangères ou de notre langue lorsqu'on est immigré.

Les aides sociales  ne doivent pas être pour notre société le salaire de l'oubli, du silence ou du rejet, le salaire de l'exclusion. Pour cela, il faut accompagner les dispositifs

Pour l'un, ce sera d'abord résoudre des difficultés familiales ou de logement, pour l'autre traiter sérieusement un problème de santé chronique, (alcoolisme, drogue), pour un troisième accomplir des démarches en vue d'une formation ou accepter un contrat aidé dans une commune, une association ou une entreprise.

L'innovation sociale pour lutter contre l'exclusion

 

Les solidarités financières ne suffisent pas : elles ne remplacent pas la fraternité humaine, le temps donné à ceux qui ont besoin d'être écoutés et reconnus,

Le suivi des personnes en difficulté doit être assuré au plus près des lieux de vie, là où les gens vivent. Le maire, les élus municipaux doivent aussi être dans leurs quartiers !

C'est pourquoi il faut travailler à un renforcement de la responsabilité des communes en matière d'insertion, en lien avec les organismes sociaux, le service public de l’emploi et les associations, qui jouent depuis longtemps un rôle moteur dans l'innovation sociale au service de la lutte contre l'exclusion.

La politique du handicap doit être globale. Elle doit couvrir tous les aspects de la vie des personnes souffrant d'un handicap : l'éducation bien sûr, car il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine, mais aussi le logement, les transports, l'équipement urbain, l'emploi, les soins, la vie en établissement, les problèmes du vieillissement.

La question de l'autonomie des personnes âgées dépendantes présente des analogies avec celle du handicap, notamment en ce qui concerne la priorité qu'il convient de donner au maintien à domicile et la nécessité d'une approche qui ne se limite pas aux prestations financières mais englobe tous les aspects de la dépendance.

La solidarité, c'est l'écoute, l'entraide et le respect. C'est la reconnaissance de l'égale dignité de chacun et l'accès effectif des personnes en difficulté aux droits de tous. C'est aussi la mise en oeuvre de véritables pactes locaux liant élus, associations et entreprises.

 

Et j’ai toujours en tête une phrase d’une personne que j’admire beaucoup, Geneviève de Gaulle-Anthonioz , résistante du réseau du groupe du Musée de l’homme, rescapée de Ravensbruck et présidente d’ATD Quart Monde : « Lutter contre l’humiliation, croire que l’homme a une valeur, c’est ce qui nous sépare de la préhistoire ».

 

Le mot de solidarité qui a un sens pour chacun ne prend vie qu’avec les actes de tous.

 

Serge Mackowiak